Bleu, blanc… con !

Il faut se rendre à l’évidence : il doit y avoir autant d’interprétations du code électoral que de commissions de propagande. Et la diversité des unes comme l’inflexibilité des autres donnent une idée de l’étendue de ce qui sépare l’esprit intelligent du législateur (même s’il semble parfois un peu suranné) de la lettre tatillonne et imprévisible de celui qui l’applique.

Au gré des nombreuses communications électorales que j’ai eu à accompagner, l’échéance de la validation des documents officiels de campagne a peu à peu conduit au paroxysme du stress. Aux vraies (mais rares) contraintes, s’ajoute la pluie des autocensures préventives que s’imposent les staffs de campagne. Mais même en pratiquant le concours de l’anticipation la plus prudente, rien n’est joué.
Ainsi telle commission considérera que le gris d’un logo est une couleur supplémentaire là où une autre (plus au courant de la plus élémentaire technique d’imprimerie) n’y verra que la trame monochrome du noir. Ailleurs, une autre commission exigera d’accentuer les lettres capitales du nom d’un colistier mais, de façon incompréhensible, pas celles d’un autre nom de la même liste !

On touche le fond avec les diverses applications de l’article R27 du code électoral qui prohibe les combinaisons coupables des couleurs bleu blanc rouge. Coupables de quoi ?.. De vouloir simuler les documents officiels d’avant l’invention de la roue sans doute ? Qu’à cela ne tienne. A l’ère de la quadrichromie, les plus fins limiers des commissions de propagande sauront débusquer les tentatives de tromperies les plus sournoises.
La chronique matinale de Patrick Cohen sur France Inter ce mardi 18 mars en offre un florilège justement qualifié de « courtelinesque ». Ainsi, « à Villeneuve-le-Roi, il y avait une voiture derrière le candidat, avec les feux stop allumés. Des feux rouges. Recalé.
Plus fort encore, à Fontenay, les candidates ont été privées de rouges à lèvres ».

Déjà que la communication politique semblait se vider de plus en plus de contenu, voilà maintenant qu’elle doit en plus se normaliser, sans garantie, en prévision des couperets les plus arbitraires.